Des parasites pas si "méchants"

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Des parasites pas si "méchants"

Message  Elise le Dim 23 Déc - 0:35

Il est apparu dans de nombreuses études que certains parasites pouvaient avoir par certains côtés des effets bénéfiques pour son hôte. Ainsi Wade et Chang (1995) ont pu démontrer que les mâles insectes de l’espèce Tribolium confusum infectés par la bactérie intracellulaire Wolbachia pipientis avaient des spermatozoïdes plus compétitifs que ceux de mâles non infectés et avaient ainsi sur eux un avantage sélectif lors de la compétition spermatique (suite a des accouplements multiples d’une femelle) indépendamment de leur « qualité ». Il est apparu aussi que les gammares infectés par des parasites acanthocéphales pouvaient entraîner chez leur hôte une assez forte augmentation de tolérance à la salinité probablement en modifiant le système osmorégulateur (Piscart, 2007). Là aussi le parasitisme peut avoir un rôle écologique très important dans la mesure où il peut permettre à certains individus de disperser plus facilement en les rendant aptes à traverser des zones saumâtres.

On voit donc apparaître les prémisses d’une évolution possible vers la symbiose. Mais où placer la limite entre parasitisme et symbiose ? Quand les avantages contrebalancent les coûts ?

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Re: Des parasites pas si "méchants"

Message  Julien le Mar 25 Déc - 22:57

Tout d’abord il faut préciser que le terme symbiose au sens des interactions durables englobe tous type de relation du parasitisme au mutualisme. C’est une convention qui n’est pas respectée par tout le monde malgré l’étymologie du mot symbiose qui veut bien dire vivre ensemble, qu’il y ait convergence d’intérêt ou conflit.

Ensuite les effets phénotypiques des symbiotes (parasites, mutualistes) sur leur hôte doivent être considérés dans un cadre évolutif. En d’autres termes un effet « bénéfique » au sens évolutif signifie qu’il augmente la transmission des gènes de l’hôte. Un symbiote peut raccourcir l’espérance de vie de son hôte tout en augmentant sa fécondité. Un autre peut améliorer la condition physique de son hôte, lui procurant ainsi une forte capacité de dispersion, et ensuite provoquer sa mort suite à la dispersion avant même que l’hôte est pu se reproduire et transmettre ses gènes. Pour conclure sur l’avantage sélectif apporté par un symbiote il faut inventorier l’ensemble de ses effets et interpréter le bilan global en termes de fitness.

Lors d’une expérience sur les effets d’un symbiote il est très important de réfléchir aux traits phénotypiques qu’on veut mesurer sur l’hôte. Le choix doit être judicieux car la fitness d’un organisme peut être mesurée de multiples façons, elle est souvent indirecte (on mesure le phénotype mais c’est la transmission du génotype qui nous intéresse) et il est parfois difficile de trouver un trait qui soit très corrélé à la fitness (la fécondité n’est pas toujours une bonne mesure). Cette mesure de fitness est en générale très imprécise, surtout lorsqu’on tire des conclusions sur des expériences de laboratoire où le contexte environnemental (crucial pour conclure à un effet adaptatif) n’est pas pris en compte.

En définitive, la limite entre le parasitisme et le mutualisme est conceptuellement assez simple : le parasite désavantage l’hôte qui l’héberge et le mutualiste l’avantage. Le plus grand challenge des chercheurs est de déterminer le bilan global de l’association hôte-symbiote pour pouvoir parler de parasite ou de mutualiste.

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